Restaurant Le Roy Jucep
Depuis 1956

En 1956, Le Roy Jucep, le restaurant de Jean-Paul Roy, avait déjà commencé à populariser le service au volant par des serveuses travaillant à l'extérieur avant même que la chaîne de restaurants A&W implante cette façon de faire au Québec. Monsieur Roy et son épouse, Fernande, ont inventé puis commercialisé la poutine, ce mets qu'on appelait simplement « fromage, patate, sauce ». Quelque 30 ans plus tard, certains pays importent du fromage en grains uniquement dans le but d'apprêter la célèbre poutine!

Nous avons rencontré Jean-Paul Roy au restaurant Le Roy Jucep, qu'ils ont vendu il y a maintenant 12 ans.

Monsieur Roy, comment êtes-vous devenu restaurateur?

À l'âge de 16 ans, j'ai été embauché comme cuisinier à l'hôtel Mont-Royal à Montréal, où j'ai travaillé pendant sept ans. Nous étions 115 cuisiniers! J'y ai côtoyé les plus grands et appris le métier. À 23 ans, j'ai eu le goût de revenir à Drummondville, où demeuraient encore mes parents. J'avais aussi des projets de mariage avec Fernande. J'ai donc ouvert un petit casse-croûte sur la rue Lindsay, dans le centre-ville, ça s'appelait Le roy de la patate. Puis, en 1964, nous avons déménagé sur le boulevard Saint-Joseph, où nous avons ouvert Le Roy Jucep.

Quels plats serviez-vous à l'époque?

Nous servions des mets à préparation rapide, de la crème glacée molle et des jus. La patate était assez populaire, mais elle ne se mangeait pas avec de la sauce. Nous faisions l'achat de pommes de terre au Nouveau-Brunswick et à l'Île-du-Prince-Édouard. À un certain moment, nous avons commencé à accompagner les patates d'une sauce spéciale et c'est devenu passablement populaire. On appelait ça une « patate-sauce ». On servait la sauce dans un petit verre à part, parce qu'on ne pouvait pas la servir avec la patate.

Ah non? Pourquoi?

Les casseaux dans lesquels nous servions la patate étaient en carton. On ne pouvait pas y mettre la sauce parce que le contenant devenait tout détrempé.

Pourquoi avez-vous commencé à mettre du fromage sur la patate-sauce?

C'est que nous vendions aussi des petits sacs de fromage en grains provenant d'une fromagerie de la région. Les gens en mangeaient avec leur met principal. Nous en vendions peu, seulement quelques sacs par semaine. Puis, trois clients qui venaient régulièrement au restaurant ont demandé de mettre leur fromage dans la même assiette que leur patate-sauce. C'était un peu étrange à ce moment-là. En fait, ce sont eux qui ont réellement inventé la poutine!

Mais c'est vous qui l'avez commercialisée le premier, n'est-ce pas?

Oui. À voir de plus en plus de gens manger leur patate-sauce avec du fromage en grains, nous avons eu l'idée de commercialiser ce nouveau met et nous l'avons inscrit officiellement sur le menu. On l'appelait le « fromage-patate-sauce ». Nous étions les seuls à vendre du fromage avec nos patates à cette époque.

Pourquoi avez-vous appelé ce plat « poutine »?

Pour nos serveuses, il était devenu trop long d'inscrire « fromage-patate-sauce » sur leur livret de commande. Pour abréger le nom, nous nous sommes mis, avec les employés, à chercher un nouveau nom. Vous savez, les grands-mères de l'époque appelaient « pouding » n'importe quel mélange. À force d'être utilisé, le mot a fini par être déformé; il est devenu quelque chose qui ressemblait beaucoup à « poutine ». Aussi, nous avions un cuisinier qu'on surnommait Ti-Pout. Tout ça a dégénéré en farce. On disait: « Ti-Pout fait de la poutine! ». On a alors décidé de désigner le nouveau fromage-patate-sauce sous le nom de « poutine », celui qu'on lui connaît aujourd'hui.

Avec la commercialisation de la patate-sauce, puis de la poutine, votre restaurant a dû connaître une expansion du tonnerre, non?

Bien que nous ayons passé par des moments difficiles, je n'avais pas à me plaindre! En six ans, nous sommes passés de 0 à 15 employés tellement ça fonctionnait bien. Lorsque j'ai vendu le restaurant, en 1985, nous avions 35 employés réguliers, en plus de 10 à 15 employés temporaires. Nous avons agrandi trois fois.

Pourquoi avez-vous décidé de vendre votre commerce en 1985?

J'ai eu des problèmes de santé. Ça a été une rude épreuve parce que je suis demeuré paralysé durant deux mois. Mon épouse devait s'occuper seule du restaurant, ce qui était très épuisant. En 1985, à l'âge de 53 ans, j'ai donc vendu le restaurant, à la demande de Fernande. Si cela avait été uniquement de moi, je l'aurais gardé. Le public, j'ai toujours trouvé ça instructif et divertissant. Mes relations avec mes employés aussi étaient bonnes. J'ai toujours traité mon gérant et mon laveur de vaisselle sur un pied d'égalité. La franchise, l'honnêteté et la simplicité sont mes mots d'ordre!

Êtes-vous fier d'avoir inventé la poutine?

C'est certain que je suis fier, mais je ne me pète pas les bretelles avec ça. C'était une belle réalisation, la poutine!

La poutine et le folklore font bon ménage

Drummondville - Qu'est-ce que la poutine et le folklore peuvent bien avoir en commun ? Drummondville, voyons, puisque la ville où le folklore est roi se targue d'avoir inventé le célèbre mets! Mais quand la ville du folklore profite de sa renommée pour faire manger de la poutine à une Chinoise, avec des baguettes s'il vous plaît, ça devient complètement délirant!

Tous ceux qui ont déjà habité non loin des Bois-Francs savent qu'une vive rivalité oppose Drummondville et Victoriaville. Non seulement chacune prétend avoir inventé le spongieux mélange, mais toutes deux se vantent de faire la meilleure, l'originale et… quoi encore? Sérieusement, le débat est tout ce qu'il y a de plus véridique. Daniel Leblanc, du Roy Jucep, a quant à lui pris la question tellement à cœur qu'il a fait imprimer sur le t-shirt de ses employés: « La Poutine, nous on l'a inventé! » La réputation de son restaurant est parvenue aux oreilles de certains folkloristes qui, bon an mal an, se pointent au kiosque de fast-food afin de tester le mets national. Le clou de la dégustation de la poutine s'est cependant déroulé lundi midi, au quartier général du Roy Jucep, boulevard Saint-Joseph. Une station de télévision de Sherbrooke y a réuni dix folkloristes afin de les faire participer à une dégustation de poutine. Le tout dûment diffusé. Spectacle oblige !

La Pologne, la Moldavie, l'Espagne, le Mexique et la Chine ont participé à la dégustation, raconte Gaston Langlais, un hilarant bénévole du festival. Certains ont été surpris par le mélange. Toutefois, le fait saillant de l'évènement revient à la petite Chinoise qui a tenu mordicus à tout manger avec ses baguettes!

L'origine de la poutine? Voilà qui ravit Daniel Leblanc, qui voit là une occasion supplémentaire de faire valoir sa poutine. La seule, la vraie, clame-t-il, qui a été inventée en 1957 par Jean-Paul Roy. Il possédait alors un petit snack-bar où les ouvriers allaient déjeuner le samedi matin.

Les gars mangeaient des frites avec de la sauce, poursuit-il, et disposaient d'un petit bol de fromage à côté. Bien souvent, comme l'espace était restreint, ils versaient le fromage directement dans le bol . Puis, ils ont fini par demander à Jean-Paul de leur servir le mets tout ensemble.

Voilà pour la petite histoire. Mais ce que le récit ne dit pas, c'est que si Jean-Paul - l'inventeur de la poutine, ne l'oublions pas - avait prévu qu'un jour celle-ci atteindrait une telle renommée, il n'avait sûrement pas anticipé le coup des baguettes !!!

La poutine, c'est eux.

Plus encore, le Roy Jucep se vante d'avoir été l'inventeur de la célèbre poutine, cet alliage de frites, de fromage et de sauce, qui s'est répandu depuis le début des années 60 dans tout le Québec et à l'extérieur. « Il ne faut pas oublier que c’est à Jean-Paul Roy, l’ancien propriétaire, que revient le mérite d’avoir créé ce mets original, de l’avoir nommé et de l’avoir commercialisé avec succès », ajoute Monsieur Leblanc. Monsieur Roy avait également créé sa propre recette de jus d’orange, encore secrète comme la sauce à poutine, qu’il avait baptisée du nom de Jucep, d’où le nom du restaurant, conservé quand Monsieur Leblanc l’a acheté en 1987.

Effectivement, ce sont ces deux mets, la poutine et le Jucep, qui constituent la base du succès du Roy Jucep et qui seront propagés par l’intermédiaire des commerces franchisés. Sans oublier les club-sandwichs, les brochettes, les pizzas, etc.

Quant à l’aménagement intérieur, Daniel et André Leblanc ont fait passer le nombre de places assises, comprenant des banquettes et des tabourets pivotants près du comptoir, de 30 à 130. Le personnel actuel s’élève à 45 employés.

L’Oktoberfest

Autre initiative des Leblanc, qui a été reprise à de nombreux autres endroits, c’est de lancer des périodes thématiques durant l’année. Premiers à le faire en région et peut-être même au Québec, ils lançaient l’Oktoberfest il y a 17 ans et le Festival de la Poutine il y a 16 ans. Depuis se sont ajoutés le Festival mexicain (14 ans) et le Festival rétro (10 ans), qui, permettant d’offrir des mets typiques, attirent une clientèle intéressée tant par les mets inspirés de ces thèmes que par la décoration intérieure de l’établissement, qui va jusqu’au port de vêtements appropriés par les serveuses, comme présentement des bonnets tyroliens à plumes vertes pour l’Oktoberfest.

Cette atmosphère rétro, cette cuisine populaire, c’est ce qui fait le charme du Roy Jucep, convient Monsieur Leblanc. « Des clients que nous recevions dans les années 60 reviennent ici avec leurs enfants et même leurs petits-enfants pour leur faire revivre l’atmosphère de leur jeunesse », souligne le proprio qui ne demande pas mieux que de voir cette attitude se propager au-delà des limites de Drummondville.

Le Roy Jucep
1050, boul. St-Joseph
Drummondville (Québec)
Canada, J2C 2C6
Téléphone : (819) 478-4848

Bookmark and Share

Facebook